Antiq Records black metal : enquête sur Léon Guiselin

Le label Antiq Records, dirigé par Léon Guiselin, fait l’objet d’alertes documentées depuis plusieurs années dans la scène black metal française. Plusieurs médias spécialisés et antifascistes l’ont mis en cause pour la place qu’il accorde, dans son catalogue et son réseau, à des artistes liés à la mouvance NSBM (National Socialist Black Metal). Cet article revient sur ce dossier, sources à l’appui. Il s’appuie exclusivement sur des éléments publiquement accessibles à sa date de publication, et distingue les faits vérifiables des opinions de son auteur.

Un label installé dans le black metal français

Fondé en 2008 par Léon Guiselin, Antiq Records est un label indépendant français spécialisé dans les sonorités païennes, médiévales et folkloriques. Sur le papier, il revendique des thématiques « historiques » et « païennes ». Dans les faits, son catalogue inclut ou a inclus des artistes documentés par la presse et la recherche universitaire pour leurs prises de position d’extrême droite, ou pour leur rattachement à la mouvance NSBM.

Cette ambiguïté ne date pas d’hier. Elle est aujourd’hui relayée par une partie de la scène underground, qui continue de soutenir le label malgré les alertes publiées depuis plusieurs années par la presse spécialisée et antifasciste.

Des collaborations problématiques

Le catalogue d’Antiq Records a longtemps inclus des groupes identifiés par la presse et par la recherche universitaire comme appartenant à la scène NSBM. C’est notamment le cas de Graveland, groupe polonais dont le leader Rob Darken a, dans un entretien accordé à Decibel Magazine en 2006, lui-même rattaché ses convictions à l’extrême droite et au national-socialisme. Graveland est par ailleurs identifié comme groupe haineux par le Southern Poverty Law Center et l’Anti-Defamation League, et plusieurs de ses albums sont interdits de vente en Allemagne.

Antiq distribue également Burzum, projet de Varg Vikernes. Vikernes a été condamné en 1994 en Norvège pour le meurtre d’Øystein « Euronymous » Aarseth et pour plusieurs incendies d’églises, puis une seconde fois en 2018 par le tribunal correctionnel de Paris pour des propos jugés racistes, antisémites et xénophobes tenus en ligne. Il est considéré comme l’une des références historiques du courant NSBM, comme le rappelait Slate dès 2013.

Léon Guiselin : la trajectoire d’un label manager

Léon Guiselin opère sous plusieurs pseudonymes publiquement référencés sur l’encyclopédie Metal Archives : Hyvermor, Hyver, Kalùm, Arzh Hyvermor, Bourreau, Frère Hyver, Michel de Malvoisin. Sous ces noms, il chante, compose et joue dans plusieurs groupes du catalogue d’Antiq, dont Hanternoz, Grylle, Véhémence et Hyver.

En septembre 2023 paraît l’EP Livre I – Antîoche du groupe Peste Noire, sur le label La Mesnie Herlequin. Les crédits de l’EP, tels que recensés sur Metal Archives, mentionnent « Frère Hyver » à la flûte et au psaltérion. Ce pseudonyme est publiquement associé à Léon Guiselin sur la fiche artiste de Hyvermor, qui le recense parmi les noms sous lesquels il enregistre.

Peste Noire, fondé par Ludovic Faure (alias Famine, alias La Sale Famine de Valfunde), est documenté depuis une vingtaine d’années pour ses prises de position antisémites et son ancrage à l’extrême droite radicale. Famine a été condamné le 25 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand à six mois de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende, pour une agression commise en juillet 2018 alors qu’il militait au sein du Bastion social, mouvement néofasciste dissous en avril 2019. StreetPress et La Horde ont chacun publié des enquêtes détaillées sur Famine et Peste Noire.

Une présence toujours tolérée dans les grands festivals

Le stand d’Antiq Records est régulièrement présent au Metal Market du Hellfest, du Motocultor et du Tyrant Festival. Cette présence n’est pas passée inaperçue. En août 2024, Libération a consacré une enquête aux dérives identitaires du Motocultor, dans laquelle Antiq Records est nommément cité comme « label français de black metal qui commercialise par exemple les Polonais de Graveland, connus pour leurs morceaux glorifiant le Troisième Reich ». Sollicitée par Libération, la direction du festival y déclarait condamner fermement le NSBM et assurer que ses exposants étaient rigoureusement contrôlés.

En juillet 2025, dans un entretien au média Hexalive, le directeur du Motocultor Yann Le Baraillec a répondu directement sur le cas Antiq, reconnaissant que certains groupes vendus par le label « peuvent être problématiques comme Burzum », tout en relativisant en estimant qu’« il faudrait interdire beaucoup de labels metal qui vendent du black metal ». La direction du festival reconnaît donc connaître le profil du label. À ma connaissance, le Hellfest et le Tyrant Festival ne se sont, à ce jour, jamais exprimés publiquement sur la présence d’Antiq Records dans leur Metal Market.

Sources et documentation

  • StreetPress, « Famine, star du black métal et militant néonazi », 26 mai 2021. Lien.
  • La Horde, « Famine, le chanteur de Peste Noire devant les tribunaux ». Lien.
  • Mediacoop, « Procès de Famine au tribunal de Clermont-Ferrand », 25 mai 2021. Lien.
  • Slate, « Varg Vikernes, génie et part d’ombre du black metal », 2013. Lien.
  • Southern Poverty Law Center, « Listening in on the National Socialist Black Metal Scene ». Lien.
  • Adam Bartlett, étude universitaire sur Graveland et le NSBM, Adelaide University, 2020. Lien.
  • Libération (repris par InfoJmoderne), enquête sur le Motocultor, août 2024. Lien.
  • Metal Archives, page de l’EP Livre I – Antîoche. Lien.
  • Metal Archives, fiche artiste de Hyvermor. Lien.

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Olivier Jung
A propos de l'auteur
Je suis engagé dans la prévention des violences sexistes et sexuelles, la réduction des risques et la lutte contre les mouvements d’extrême droite, principalement dans les milieux festifs.