Cet article revient sur le parcours de Ludovic Faure, alias Famine, figure centrale du groupe de black metal Peste Noire, et sur les controverses qui entourent ce projet : ses collaborations, ses textes et l’idéologie qui les sous-tend. Il s’appuie sur des éléments publiquement accessibles et distingue les faits vérifiables des opinions de son auteur.
Qui est Famine ?
Derrière Peste Noire se tient pour l’essentiel une seule personne : Ludovic Faure, alias Famine, alias La Sale Famine de Valfunde, alias Aegnor. Figure du black metal français depuis un quart de siècle, il est documenté de longue date par la presse et les collectifs antifascistes pour avoir fait de sa musique une vitrine idéologique.
Sur scène, il a effectué des saluts nazis, notamment au Nouveau Casino à Paris en 2015, geste rapporté par StreetPress. Dans ses textes et ses entretiens, il développe une rhétorique d’« Europe blanche », d’enracinement paysan français et de pureté raciale, et mobilise une imagerie empruntée à l’extrême droite (croix celtiques, runes, références au Troisième Reich) sous couvert de folklore médiéval.
Collaborations avec des groupes de la scène NSBM
Famine collabore régulièrement avec des groupes rattachés à la mouvance NSBM ou à l’extrême droite musicale :
- M8L8TH, groupe russe NSBM dont le nom signifie « le marteau d’Hitler » (split Reconquista, 2018) ;
- Goatmoon, groupe finlandais documenté pour son imagerie suprémaciste blanche ;
- Sale Freux et Diapsiquir, projets de la scène française dont les liens avec cette mouvance sont évoqués par les médias spécialisés.
En 2023, Famine a collaboré avec Léon Guiselin, fondateur d’Antiq Records, pour l’EP Livre I – Antîoche, aux côtés d’artistes issus de la même sphère. Antiq Records, que j’ai documenté dans un précédent article, dispose d’un accès aux grands festivals metal français, ce qui contribue à la visibilité de cette scène.
Structure et merchandising de Peste Noire
Peste Noire n’est pas qu’un projet musical, c’est aussi une petite structure organisée. Le label La Mesnie Herlequin, créé par Famine, distribue les productions du groupe et se présente comme une revue et une librairie. Sa boutique de merchandising propose des produits dérivés à des tarifs (de l’ordre de 66 euros le sweat à capuche) qui montrent qu’il ne s’agit pas d’une activité purement marginale.
Relations avec Militant Zone
Peste Noire collabore avec le label ukrainien Militant Zone, acteur reconnu de la scène NSBM internationale. Le groupe y a publié plusieurs productions, dont un split en 2018, et a participé en 2016 au festival Asgardsrei à Kiev, rassemblement majeur de cette mouvance, aux côtés notamment de M8L8TH, Nokturnal Mortum et Kroda.
Concerts clandestins
Peste Noire se produit aujourd’hui dans des concerts privés ou semi-clandestins, parfois sous d’autres dénominations. Ces apparitions sont surveillées par des collectifs antifascistes qui obtiennent parfois leur annulation, comme lors de l’événement Call of Terror près de Lyon en 2017, documenté par Rue89 Lyon.
Histoire du groupe et anciens membres
À ses débuts, Peste Noire portait le nom Dor Daedeloth et n’était pas l’œuvre du seul Famine. La démo Aryan Supremacy (2001), dont le titre est explicite, marque dès l’origine l’orientation idéologique du projet. Plusieurs musiciens y ont participé sur le plan instrumental, dont certains ont ensuite rejoint d’autres groupes, parmi lesquels Alcest.
Le cas le plus connu est celui de Neige (Stéphane Paut), aujourd’hui figure du post-black metal avec Alcest, qui a participé à Peste Noire sur une période s’étendant des années 2001 à 2008, sous des formes variables (batterie sur les démos, apparition vocale, guitare en concert). D’autres musiciens devenus membres d’Alcest ont également joué dans Peste Noire à la fin des années 2000, dans un rôle musical.
Interrogé par ses soins via son label, Neige a tenu en 2011 à mettre publiquement les choses au point. Voici sa déclaration, dans la traduction française de l’original anglais :
« Je n’ai jamais été impliqué, de quelque manière que ce soit, dans une quelconque idéologie politique, raciste ou xénophobe. J’étais simplement un musicien dans Peste Noire, la plupart du temps musicien de session ; je n’ai jamais pris part aux paroles ni à la philosophie du groupe. À l’époque d’Aryan Supremacy, j’avais quinze ans et je ne mesurais pas les conséquences d’enregistrer de la musique avec ce groupe : pour moi, cela n’a toujours été qu’une participation musicale. Alcest n’a RIEN à voir avec une quelconque philosophie fondée sur la haine, et en tant que personne je ne suis absolument PAS dans le nazisme, le racisme ou ce genre d’idéologies. »
Je prends acte de cette mise au point, dont rien ne permet de douter de la sincérité : le présent article ne prête à aucun ancien musicien de Peste Noire devenu membre d’Alcest une adhésion personnelle à l’idéologie du groupe. Les faits rapportés ici sont d’ordre musical et chronologique. J’observe simplement, à titre personnel, qu’une scène qui se veut subversive gagnerait à regarder en face les zones d’ombre de son histoire.
Ukraine et condamnation
Famine s’est rendu en Ukraine, où, selon les sources de presse, il s’est rapproché de structures d’extrême droite radicale telles que le Régiment Azov et la Misanthropic Division, et où il s’est affiché sur les réseaux sociaux. De retour en France, il a été poursuivi à la suite d’une agression commise en juillet 2018 à Clermont-Ferrand, et condamné le 25 mai 2021 à six mois de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende.
Ce que disent les textes
La dimension idéologique de Peste Noire n’est pas une interprétation : elle est lisible dans les paroles signées par Famine. Les extraits ci-dessous, cités à des fins d’information et de critique, parlent d’eux-mêmes.
La démo fondatrice, au titre déjà sans ambiguïté, juxtapose appel à la « France souveraine » et lexique exterminateur :
« (…) France souveraine, nous te serons voués pour l’éternité / Gloire aux valeureux guerriers qui ont donné leur sang / En l’honneur et la mémoire de notre suprême Occident / Massive destruction, total extermination (…) »
Plus tard, le registre devient ouvertement nationaliste et racial, sur le thème du « Français chez lui » :
« (…) Voici venir le Roi, et notre race court au-devant de lui (…) Une, deux ! La France bouge, elle voit rouge ! / Une, deux ! Les Français sont chez eux. (…) »
Dans un entretien, Famine théorise enfin sa conception du genre comme « apologie du Passé noir européen » adossée à un « patrimoine racial » :
« Le Black Metal (…) est l’hymen de la Tradition et du vieux patrimoine racial avec le fanatisme (…). Il est l’apologie du Passé noir européen. (…) »
Sources et documentation
- StreetPress, « Famine, star du black métal et militant néonazi », 2021. Lien.
- La Horde, dossier sur Peste Noire et Famine. Lien.
- Mediacoop, procès de Famine, 2021. Lien.
- Rue89 Lyon, sur les concerts de black metal néonazi et Call of Terror. Lien.
- Déclaration de Neige, Musikreviews.de, 12 janvier 2011. Lien.
- Wikipédia, « Peste noire (groupe) » (discographie et line-up). Lien.
- Metal Archives, fiche du groupe Peste Noire. Lien.
Cet article a été révisé et complété par rapport à sa version initiale, avec vérification des faits cités. Toute personne nommée ou identifiable qui s’estimerait mise en cause dispose d’un droit de réponse à l’adresse de contact du site.
